Vieux moulin de Vernon : la municipalité recherche toujours les propriétaires

Vernon pourra-t-il un jour utiliser son bâtiment le plus célèbre ? Patience : Les recherches pour retrouver les héritiers avancent. De toutes façons, la bâtisse devrait tomber bientôt dans le domaine de l'Etat.

Toujours propriété privée, la fierté de Vernon ne sert à rien. Cette bâtisse qui s'avance sur la Seine dont Vernon a fait son emblème n'a aucune utilité. Elle n'est pour l'instant qu'un bel objet creux.

Ce n'est pourtant pas faute de démarches, ni d'idées pour une éventuelle reconversion. Il y a quelques années, les élus avaient pensé en faire un syndicat d'initiatives. Cette structure a aujourd'hui investi le "Temps jadis", autre bâtiment ancien situé près de la collégiale. Aujourd'hui, on la rêve plutôt capitainerie d'un futur port de plaisance, ou encore salle d'exposition. Tout naturellement, sa vocation sera touristique.

Déjà 2 MF de travaux

Ces projets, Vernon a le droit de les faire. C'est que la ville a beaucoup payé pour la restauration de ce moulin construit sur le vieux pont médiéval. Un édifice qui, pense-t-on, pourrait avoir, étant donné sa position stratégique, fait office de poste de péage. La remise en état de ce vestige du passé local a déjà coûté 2 millions de francs, déboursés de 1982 à 1986 au titre de "travaux au bénéfice d'un tiers" pour un lifting complet : maçonnerie, charpente, vitrerie, consolidation des piles du pont. Des travaux décidés de toute urgence en juin 1978 - le maire était alors Lucien Pommier - pour cause... d'effondrement imminent.

Deux millions de francs en tout pour... une propriété privée. Dans les années 20-30, elle appartenait à un compositeur de revues (célèbre à son époque), Jean Nouguès. Il vendit ensuite le Vieux Moulin à un Américain, William Griffin, qui mourut en 1947. Ce sont ses descendants (s'il en a) qui sont aujourd'hui propriétaires de l'édifice.

Un peu avant 1960, le maire, Georges Azémia, était entré en relation avec la veuve de M. Griffin. "Je vous le donne," lui avait-elle dit à l'occasion d'une visite... sans joindre le geste à la parole avant de rentrer chez elle aux Etats-Unis.

Depuis, aucune trace de la famille Griffin, que l'on a d'abord cherché sous le nom de "Griffith", à cause d'une erreur de transcription sur le cadastre. Les recherches entamées par M. Azémia ayant été vaines, le premier adjoint Michel Troyon a repris le flambeau en 1989.

"Les recherches sont aujourd'hui bien avancées," avait assuré M. Troyon à ses collègues lors de la dernière séance du conseil municipal. Ses éventuels héritiers, le conseil municipal les attend de pied ferme : il leur présenterait une facture à faire fuir Crésus. La transaction serait donc assurée.

Si cette quête du propriétaire n'aboutit pas très rapidement, le Moulin tombera bientôt - l'année prochaine - dans le domaine de l'Etat du fait de la prescription trentenaire (trente ans de vacance). Dans ce cas le scénario serait probablement semblable : l'Etat ne verra sans doute pas l'intérêt de rembourser à Vernon les sommes importantes engagées par la municipalité. Le célèbreVieux Moulin a donc toutes les chances de devenir propriété vernonnaise.

Une question délicate se posera alors : la fragilité de la pile de pont sur laquelle repose l'édifice interdira probablement (sauf nouveau travaux extrêmement coûteux) l'accès d'un public important.

C. Montourcy
24 avril 1991