Chaque année, près de 450 000 touristes franchissent le seuil de la maison de Monet à Giverny, et il faut bien reconnaître que la région vernonnaise ne voit guère la couleur de leurs dollars. Comment les retenir ? (...) La plupart de ces visiteurs viennent en coup de vent, entre une expédition au Mont Saint-Michel et la visite de Paris. Un séjour déjà planifié. D'où l'importance de les informer avant même qu'ils ne posent le pied sur le territoire français. C'est la tâche à laquelle s'est attelée l'association GiVerNet, qui se sert de l'attraction formidable de Giverny pour "vendre" aux futurs touristes les charmes de la région vernonnaise.
"L'idée de départ, c'est de se servir de la notoriété de Giverny pour promouvoir la région vernonnaise," explique Arlette Cauderlier. C'est en novembre 1996, après des mois de préparation, qu'Arlette et son mari Alain, ingénieur en informatique fasciné par internet, créent le site de Vernon et Giverny. Et fondent l'association GiVerNet pour l'animer. Depuis, les promoteurs bénévoles (nous sommes dans le cadre d'une association loi de 1901) du tourisme régional ne comptent plus leurs heures au service des "visiteurs" du bout du monde.
1000 connexions par semaine
Il y a quelques semaines, le site a reçu une distinction du Los Angeles Times pour la qualité de son contenu et l'intérêt de ses informations. Au total, ce sont l'équivalent de 188 pages en français, presque le double avec la traduction anglaise, qui sont ouvertes aux futurs voyageurs de Tokyo ou de Chicago. Des pays où internet joue un rôle autrement plus important que chez nous. "Nous répondons à un besoin dont les Français n'ont même pas conscience. Ils sont en train de prendre un énorme retard qui va être très difficile à rattraper." Lionel Jospin ne disait pas autre chose ces derniers jours. Que les plus sceptiques méditent ce chiffre : plus de 1000 personnes se connectent actuellement chaque semaine sur le site de GiVerNet ! Dont 75 % d'anglophones, pour la plupart américains. Et la fréquentation n'a fait qu'augmenter depuis la création du site. (...)
Que trouve-t-on sur le site ? Des informations complètes sur les musées, les monuments de Vernon, l'histoire des deux communes (Giverny et Vernon), de nombreuses photos scannées, une petite revue de presse locale, et surtout, à chaque page, une boîte aux lettres qui rend le site vraiment vivant. "Nous répondons à tous les messages (en moyenne 4 par jour) dans les trois jours." De moins en moins de questions concernent les informations pratiques, "car nous enrichissons le site au fur et à mesure des questions qui nous sont posées."
Moyennant une modique cotisation annuelle, les professionnels de l'hôtellerie-restauration peuvent se faire connaître sur le site de GiVerNet. Là aussi, les demandes d'hébergement sont nombreuses. Et Arlette doit souvent faire le lien avec les hôteliers. "Le plus simple serait qu'ils soient eux-mêmes connectés à internet." D'autant que les internautes ont rarement envie de se mettre au décalage horaire et à une langue étrangère en décrochant leur téléphone.
Les questions posées par les personnes qui envisagent un séjour sont relativement plus variées que dans un office de tourisme : quelle température il va faire, comment venir, des questions sur la vie de Monet qui obligent Arlette à se plonger dans les bouquins. "On m'a même demandé quatre ou cinq fois s'il est possible de se marier dans les jardins de Monet après leur fermeture !"
Personne ne songerait à nier que GiVerNet remplit une mission d'intérêt public. "C'est évident que nous changeons le cours de certaines vacances. Notamment en faisant en sorte que des personnes restent dormir dans la région vernonnaise au lieu de retourner passer la nuit à Paris."
Plus largement, Arlette et Alain Cauderlier sont presque surpris de la fascination qu'exerce Giverny à travers le monde. "La gestion de ce site nous confirme que le potentiel impressionniste est complètement sous-exploité. On pourrait en particulier créer dans la région des circuits à thèmes, par exemple les sites où Monet a peint." Mais là encore, le fait d'être à cheval sur trois départements (Eure, Yvelines, Val d'Oise) et deux régions (Haute-Normandie, Ile-de-France) ne facilite pas les choses.
Catherine Wilmart
Le Démocrate
27 août 1997